Et bien voilà, ce qui devait arriver arriva. Le black out tombe sur Bangui.
L'une des 2 turbines encore en fonction de la Centrale Hydroélectrique de Boali est tombé en panne et celle qui reste est très très fatigué. Ne reçoivent plus l'électricité que le quartier présidentiel, le quartier de Boy-Rabe (lieu de résidence du premier ministre) et la société des eaux (SODECA).
Le reste est dans le noir
sine die.
Sauf quelques îlots alimenté par un groupe comme nous. Mais pour combien de temps, les réserves de pétroles ne sont qu'à 40%... Les premiers prémices de la pénurie de pétrole et des restrictions qui vont avec commencent déjà à se sentir en ville... Ah quel romantisme madmaxien!
Heureusement, les Centrafricains sont bien plus calmes en moyenne que leurs voisins qui sont particulièrement excité (Congolais-Zaïrois, Camerounais et Tchadiens)...
Mais c'est certain que l'absence d'éclairage urbain peut faire craindre bien des débordements. La sécurité va diminuer.
Le pire c'est que la compagnie d'électricité n'a même pas eut idée d'alimenter en priorité la compagnie des eaux... Il a fallut que cette dernière négocie âprement une tranche... Sans ça, on aurait déjà plus d'eau dans les villes. D'ailleurs on en a pas eut pendant 2jours.
Mais le plus gros problème est le coup porté à une économie déjà fantomatique et dont toute velléité de croissance est étouffée dans l'œuf par un entourage du pouvoir qui s'enrichit sur le dos des pauvres. Ils savent pourtant bien qu'une économie en pleine croissance les enrichirait plus encore. Mais le savoir ne les empêche pas de ne pas se sortir du "jour le jour", du "tout, tout de suite" et facilement, même si cela se fait au détriment de la croissance du pays. Le poids de milliers d'année à vivre comme chasseur cueilleur, peut-être, la facilité et l'incertitude du lendemain, certainement. Aussi, voir les autres s'enrichir aussi, les rendrait vulnérable de leur point de vu, encore l'incertitude du lendemain, qu'ils ont contribué à rendre incertain eux même! Gagner de l'argent au détriment des autres est une expression du désir de pouvoir. Pouvoir qui ne peut s'exercer et s'entretenir qu'en soumettant et en écrasant l'autre.
Même si peut-être la colonisation est responsable de ne pas avoir su éduquer correctement les élites de ce pays, et puis ensuite, la France coupable d'avoir soutenu des régimes corrompus entrainant en partie la situation dans laquelle nous sommes actuellement, cela ne dédouane aucunement la responsabilité de ces élites.
Mais pour revenir à ce qui se passe maintenant, les entreprises qui cessent leur activité c'est jamais bon.
Des emplois déjà peu nombreux vont disparaitre.
En ce qui nous concerne à l'Institut Pasteur nous avons 8 à 10 jours de réserve en faisant des économies. Dès demain nous ne prendrons plus que les urgences. Et nous fermerons 3 heures plus tôt que normalement.
Dans les habitations de l'institut, fer à repasser, Machines à laver, et sèches-linges seront interdit à l'usage. Les climatiseurs sont arrêtés à l'Institut, sauf dans les locaux où ces climatiseurs sont présents pour protéger des installations (congélateurs à -80°C et serveur informatique). Dans les habitations de l'Institut nous n'avons le droit de climatiser qu'une seule chambre.
Je sens plus très bon en fin de journée moi...
Voilà, l'argent qui aurait dû servir à l'entretient de la Centrale Hydro-Electrique, est allé dans les poches de quelques caciques. En attendant on accuse le chef du village d'à côté d'avoir volé le câble du para-tonnerre, entrainant la panne. Histoire de jeter quelqu'un en pâture à une population légitimement furieuse...
Et pendant ce temps là, le bateau, ivre de sa pauvreté, coule, coule, coule...